Lettre d’opinion de la CASAPQ : Sport à bout de souffle

LA FLAMME S’ÉTEINT, MAIS PAS L’URGENCE D’AGIR
Lettre d’opinion de la Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique au Québec (CASAPQ)
Liste des signataires : Pierre Lavoie (Grand Défi), Sébastien Théberge (SportsQuébec), Rémi Richard (Association québécoise du loisir public), Alexandra Gilbert (Réseau plein air Québec), Sylvain Lalonde (Regroupement Loisir et Sport Québec), Jacinthe Roy (FADOQ), Marc Desjardins (Institut national du sport du Québec), Maxime Rousseau (Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants au Québec), Steve Ager (Réseau des Unités régionales de loisir et de sport), Pôle sports HEC Montréal, Daniel Asselin, Annie Bigras, Isabelle Ducharme, Thierry Gamelin, Jean Gosselin, Julie Gosselin, Patrick Kearney, Gaëtan Robitaille.
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Alors que la flamme olympique s’est éteinte à Milan et Cortina, une autre flamme doit rester allumée ici : celle d’un débat lucide sur le sous-financement de notre système sportif.
Les Jeux nous ont encore offert des moments d’émotion, de fierté et d’admiration. Oui, célébrons. Oui, félicitons. Les athlètes du Québec et du Canada nous ont fait vibrer. Et ils l’ont fait avec des moyens souvent inférieurs à ceux de nations qui investissent davantage, planifient mieux, structurent plus longtemps.
Néanmoins, une conversation s’impose : le sous-financement n’est pas un enjeu ponctuel. C’est le cœur du problème. Ces derniers jours, la prise de conscience s’est accélérée. Tant mieux. Maintenant, il faut élargir la cible. Le sport de haut niveau n’est pas une planète à part. Il est la pointe d’un système. Et quand on sous-finance le système, la pointe finit par craquer.
La Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique au Québec (CASAPQ) regroupe des organisations qui portent le sport, l’activité physique et le plein air partout au Québec et qui comptent des millions de pratiquants. Nous voyons et vivons le système de l’intérieur.
Chaque jour, nous voyons les bénévoles qui tiennent encore des ligues, des clubs, des événements, des programmes d’initiation. Nous voyons des équipes permanentes minuscules absorber une croissance des exigences administratives, des obligations de conformité, des attentes de sécurité, d’encadrement, d’inclusion — sans ressources additionnelles à la hauteur. Nous voyons l’épuisement, la difficulté à recruter et retenir, la fragilisation… et parfois la réduction de services, surtout là où tout commence : la découverte et l’initiation.
Le paradoxe est cruel : ce sont souvent les mêmes organisations — fédérations, associations, clubs, unités régionales, municipalités et partenaires de terrain — qui doivent, en même temps, développer la pratique à la base et soutenir l’excellence. Lorsqu’elles n’ont pas les moyens de bien faire pour le haut niveau, elles en ont encore moins pour la base. Or, tout le monde connaît la règle d’or : sans base solide, pas de pointe stable et performante.
À trop se concentrer sur les médailles, on finit par rater l’essentiel : le système sportif, ce n’est pas seulement une vitrine qui s’éclaire deux semaines tous les quatre ans. C’est un service de proximité, un écosystème qui structure des parcours, crée des milieux de vie, bâtit des communautés. Et aujourd’hui, il est trop souvent à bout de bras… et de souffle. On a normalisé l’idée qu’il puisse fonctionner sur la débrouillardise permanente. On a normalisé le fait qu’une dépendance excessive au bénévolat puisse remplacer un financement structurant. Cette logique a atteint ses limites.
Que faire? Investir là où ça permet au système de respirer et de se projeter.
Renforcer la capacité organisationnelle : des ressources humaines, de l’expertise, des outils et une gouvernance solide. Pas pour « grossir la machine », mais pour livrer, encadrer, former, sécuriser et soutenir la pratique sur le terrain.
Financer le continuum au complet, de l’initiation au haut niveau, plutôt que de saupoudrer ici et là souvent sans cohérence et planification.
Mettre en place un financement prévisible et indexé, pour planifier, embaucher et développer à long terme — sans vivre dans l’urgence permanente.
En matière d’infrastructures, financer non seulement la construction, mais aussi l’entretien, la coordination et l’animation. Sans cela, on crée des coquilles vides sous-utilisées.
Miser sur la formation et la valorisation de toutes les personnes qui font bouger le Québec : entraîneur·e·s, officiel·le·s, formateurs·trices, encadrant·e·s, moniteurs·trices, intervenant·e·s, personnel d’accompagnement, etc.
Dans quelques jours, les yeux vont se tourner vers les Jeux paralympiques et les performances d’un autre groupe de magnifiques athlètes. Un autre événement, peut-être, mais une même réalité pour ces athlètes qui sont confrontés aux mêmes conditions que les athlètes olympiques.
La fenêtre d’attention ouverte par Milan-Cortina ne doit pas se refermer avec les cérémonies de clôture. La lucidité est là. Il manque maintenant une décision : transformer cette prise de conscience en action durable, tant à Québec qu’à Ottawa.
Le milieu est prêt. Donnons-lui les moyens, la prévisibilité et la reconnaissance nécessaires pour relancer le système — avant qu’il ne manque d’air.
À propos de la Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique au Québec
La Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique au Québec (CASAPQ) est le plus important regroupement au Québec représentant des millions de pratiquants de sport, d’activité physique et de plein air regroupés au sein de milliers d’associations et de groupes locaux, régionaux et provinciaux, de fédérations, de municipalités et d’unités régionales. La CASAPQ vise à assurer la pérennité et l’amélioration des organisations qui œuvrent à tous les niveaux et qui sont en première ligne dans la livraison de services et de programmes favorisant le développement et la promotion de la pratique sportive, de l’activité physique et du plein air, et par conséquent la santé de la population québécoise.
La CASAPQ regroupe SPORTSQUÉBEC, l’Association québécoise du loisir public (AQLP), l’Institut national du sport du Québec (INS Québec), le Regroupement du loisir et du sport du Québec (RLSQ), le Réseau des unités régionales de loisir et sport du Québec (URLS), la Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ), la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FÉÉPEQ), le Pôle sports HEC Montréal, le Réseau plein air Québec (RPAQ) ainsi que le Grand Défi Pierre Lavoie.


